Il était une fois, l’Équipe de France Overwatch 2018
Parmi elle, un bombardier aux angles dequel tirs intelligents
Un garde du corps à l’omniprésence créatrice d’espoir aux citoyens
C’est Gaël “Poko” Gouzerch

 


Source : Blizzard Entertainment

Nous sommes le 28 juillet 2018, au Barclays Center à New York. Goldenboy monte sur la scène, face à plus de 17 000 personnes. L’excitation est à son comble, et la musique se lance. Le sas s’ouvre, et des silhouettes bien connues foulent le sol de la scène. En un court laps de temps, cette équipe qui en a surpris plus d’un s’était rassemblée sur celle-ci. “Mesdames et messieurs, applaudissez bien fort : les Philadelphia Fusion !”, s’est exclamé Goldenboy. Ces applaudissements, les joueurs en avaient besoin : dans quelques minutes, ils allaient disputer leur deuxième série face à London Spitfire dans un match qui allait rester gravé dans les mémoires comme étant la toute première grande finale de l’Overwatch League.

 

Parmi ces joueurs, il y avait Poko.

 

Né le 21 juillet 1996 à Nîmes, Poko fait partie de cette génération bercée par les jeux vidéo. Durant l’intégralité de son bac ES, de son BTS Comptabilité & Gestion et durant sa FAC d’économie, Poko n’a jamais arrêté d’engranger sa passion pour le jeu. Son jeu principal à l’époque était Counter-Strike, et Poko avait connu toutes les versions : 1.6, Source et Global Offensive. Saupoudrez le tout de World of Warcraft et de League of Legends et vous obtenez les principales activités de Poko dans sa jeunesse. À la différence de certains de ses collègues, sa passion pour le jeu ne l’avait pas conduit dans un environnement compétitif. Poko jouait uniquement pour le plaisir. Cela ne l’a toutefois pas empêché d’atteindre le rang Global Elite sur CS:GO, de jouer en Diamant 1 au début de League of Legends et de se balader dans les contrées d’Azeroth de temps en temps.

À la liste des jeux auxquels Poko a joué s’est ensuite ajouté Overwatch.

La première équipe de Poko fut créée avec des amis au début du jeu, vers 2016, et ce toujours dans le même but que les précédentes : pour le plaisir de jouer. Si ses coéquipiers ne sont pas restés sur le jeu très longtemps en s’arrêtant lors d’une intersaison en partie classée, ce ne sera pas le cas de Poko. Lorsque l’équipe s’est dissoute, il se rendit compte qu’il avait du potentiel et qu’il pouvait aller loin. C’est lors d’une partie classée qu’il fit une rencontre qui allait lancer sa carrière : il croisa la route de Kyb, un joueur français (à ne pas confondre avec le Kyb de British Hurricane) venant de Team Fortress 2 et qui a remporté plusieurs LAN françaises majeures sur Overwatch, notamment la GamersAssembly 2018. Les deux joueurs rejoindront PuLse Gaming aux côtés de Osnazeni, inSTAYY, Inflames et Adz. Ils devaient participer à la saison 3 des Underdogs, mais ont dû déclarer forfait avant même de commencer à jouer. À l’époque, les Underdogs étaient une compétition organisée par O’Gaming et accueillait les meilleures équipes européennes. On y comptait comme participants notables The Chavs, récupérés plus tard par Hammers Esport, Fragsters, qui fut le début d’une longue lignée d’équipes danoises sur Overwatch et Vitality qui fut la première équipe majeure de Lilbow et Chubz qu’on a récemment vus chez Eagle Gaming pour l’un et Copenhagen Flames pour l’autre. PulSe Gaming n’eut donc pas l’occasion d’affronter ces équipes.
Le tournoi de Poko n’allait pas se terminer comme ça toutefois. Dans la liste des équipes se trouvait également GamersOrigin qui commençait à se faire un nom sur la scène française et européenne. La composition comptait alors Leaf, aujourd’hui chez Eagle Gaming et en tant que coach, un certain daemoN, nom que vous reconnaîtrez sans aucun doute puisqu’il coache l’équipe de France. Ces deux joueurs avaient à l’époque repéré Gaël dans divers petits tournois et en partie classée. Il fallait une nouvelle ligne de tanks pour la structure française, et une offre a été faite à Poko ainsi qu’à Kolsti pour le rôle de main tank, ce dernier se trouvant dans le douze français. Ils rejoignèrent HyP et Noki, le premier étant chez Eagle Gaming en ce moment même et le second faisant carrière sur PUBG. L’équipe perdra en demi-finales face à The Chavs 2 à 1, mais la bonne performance en phase de groupe permit à GamersOrigin d’entrer dans le top européen. L’offre de GamersOrigin à ce moment-là avait convaincu Poko : sa voie était tracée en tant que joueur professionnel, et ainsi s’arrêtèrent ses études.
En début d’année 2017, Kolsti sera recruté par Movistar Riders et c’est BenBest qui le remplacera, main tank pour l’Equipe de France cette année. À partir de ce recrutement, GamersOrigin enchaîna victoire sur victoire à divers évènements français. Cette composition jouera ensemble jusqu’à la fin de l’année, opérant également divers changements, avec notamment la présence de zyKK et de DixxyDix pour les Contenders Saison 0 et l’arrivée de Hqrdest et PiPou dans la composition à l’occasion des Contenders Saison 1 où ils finiront cinquième de leur groupe, aux portes de la qualification en phases finales. À la suite de cette performance et avec l’arrivée de l’Overwatch League, GamersOrigin préféra ne pas continuer sur ce jeu.


Source : GamersOrigin

Entre temps, les différents joueurs avaient commencé à chercher d’autres options pour continuer leur carrière. HyP, Hqrdest, Pipou et Leaf se trouveront une place en Overwatch Contenders par le biais de la nouvelle équipe française Eagle Gaming et BenBest fondera sa propre équipe pour les Open Division.
Poko, quant à lui, ne savait pas trop ce que l’avenir allait lui réserver. Il s’est montré disponible pour n’importe quelle équipe, Overwatch League ou Contenders. Sa priorité toutefois était sur la ligue, et malheureusement peu d’équipes se sont intéressées à lui.

Une seule d’entre elles a testé Gaël : Philadelphia Fusion.  La suite de l’histoire : le 3 novembre 2017, Fusion annonça l’intégralité des membres de son équipe, et Poko s’y trouvait.


Source : Blizzard Entertainment

Les essais chez Philadelphia Fusion ont duré plusieurs semaines, et Poko fut finalement retenu. La saison commença toutefois mal pour les joueurs : à la suite de problèmes de visas, Philadelphia Fusion n’a pas pu être présent à la pré-saison, période qui aurait pu régler des problèmes prévisibles dans la composition. Avec quatre coréens et des nationalités toutes différentes, des soucis de communication étaient prévisibles. À l’arrivée en gaming house, cela a été le principal problème : la majorité des joueurs avaient des difficultés en anglais, rendant la vie en société ainsi que les entraînements laborieux. Pour couronner le tout, il manquait des joueurs : snillo n’avait pas encore 18 ans, Eqo était bloqué en Israël et Sado était suspendu pour trente matchs. L’équipe devait donc jouer ses premiers matchs avec peu d’entraînement et sans une partie de ses joueurs. Fusion termina septième de la première phase avec 6 victoires et 4 défaites. L’équipe restait cependant positive tout du long : des liens commençaient à se former et petit à petit, les problèmes de communications se réglaient. À l’étape 2, snillo et Eqo rejoignaient enfin l’équipe. Poko, serein, n’a pas mis la barre très haute puisque celle-ci avait peu de temps pour réellement pousser le niveau de jeu au maximum.
Il avait toutefois partiellement tort car dès l’étape 2, Philadelphia Fusion se qualifia de justesse pour les phases finales. C’est à ce moment-là que le fascinant voyage de Poko et ses amis débuta. London Spitfire les attendait en demi-finales et personne ne voyait Fusion gagner… depuis ce match, tout le monde prit connaissance du fait que la structure de Comcast pouvait réaliser des exploits inimaginables. Spitfire est tombé sur un score de 2 à 3. Le titan suivant était NYXL. Après une ouverture 2 à 0, la structure new-yorkaise remonta au score pour terminer sur un 3-2. Une défaite difficile à avaler mentalement, mais dont ils ne devaient pas rougir puisque la performance pouvait être qualifiée d’exploit.

Entre temps, les joueurs commençaient à se faire connaître pour leurs performances individuelles. C’était le cas de Poko, qui, après ses performances en D.Va et ses autodestructions impressionnantes, a vu son ultime être surnommé : la “Poko Bomb”.

Source : https://www.twitch.tv/overwatchleague_fr

C’est grâce à ce genre d’actions que la popularité de Poko et de ses coéquipiers est montée en flèche. Les performances ont-elles suivies toutefois ? Chaque équipe a ses problèmes, et l’un d’eux s’est ajouté au fur et à mesure : la divergence des styles de jeux. Dès que vos coéquipiers ne sont plus d’accord sur comment jouer au jeu, cela peut avoir des répercussions sur les performances. Scénario valable pour Fusion qui en plus avait subi une lourde défaite face à NYXL. L’étape 3 commença sur les chapeaux de roue et se finit sans qualification en phase finale. L’étape 4 quant à elle s’est vue avec beaucoup moins de Poko : Sado faisait son entrée et c’est le duo coréen Sado/Hotba qui a été privilégié. Poko eut quelques occasions de jouer, mais elles furent beaucoup moins nombreuses que lors des étapes précédentes. L’étape 4 sera donc moyenne pour l’équipe, et c’est entre eux, Seoul Dynasty et Houston Outlaws qu’une place en phase finale allait se jouer à la suite de leurs performances correctes tout le long de la saison. Les astres ont tourné en leur faveur, le scénario s’ensuit lors des derniers matchs de chacun de ces équipes : Outlaws devait gagner leur tout dernier match, Dynasty et Fusion devaient perdre les leurs pour que Outlaws se qualifie. Dynasty devait gagner leur match et Fusion devait perdre le leur pour que Seoul se qualifie.
Si Dynasty ou Outlaws avaient remporté leur match, Fusion aurait eu à battre Spitfire obligatoirement pour se qualifier. Mais le destin en a décidé autrement : les matchs de Dynasty et Outlaws se sont résultés en des défaites, qualifiant automatiquement Fusion en phase finale.
[Merci à Kirby, coach de Philadelphia Fusion de m’avoir expliqué les divers scénarios !]

Cette phase de playoffs sera inoubliable pour Poko et ses coéquipiers. Une victoire 2 à 1 contre Boston était prévisible, mais la suite, personne ne s’y attendait. L’adversaire suivant était NYXL, titan auquel Fusion avait succombé en finale de l’étape 2 précédemment.
Philadelphia Fusion bat NYXL sur le premier match 3 à 0. Le deuxième quant à lui était un des matchs les plus serrés de la ligue. Fusion s’en est sorti victorieux, avec un nouvel exploit à leur palmarès. La toute première grande finale de l’Overwatch League avait donc un français, et pas n’importe quel français, puisqu’entre temps, Poko a été annoncé dans l’Équipe de France 2018, qui sera sa toute première sélection.
Arriva la finale au Barclays Center, une finale inoubliable pour plusieurs raisons : l’introduction des joueurs sur scène en musique, le public de plus de 17 000 personnes, l’excitation totale de celui-ci, une production au poil. Poko était presque dans un rêve. Fusion était arrivé dans cette finale avec pour but de gagner, mais surtout de s’amuser.
London Spitfire fut finalement sacré vainqueur de l’Overwatch League après deux matchs remportés. Des matchs très serrés avec une foule en délire : c’est ça l’esport. La saison fut quand même un véritable succès pour Comcast malgré les soucis qui se sont présentés au début. Récemment, Fusion a relâché certains de ses joueurs, mais Poko l’off-tank semble être toujours de la partie.


Source : Robert Paul for Blizzard Entertainment 

Off-tank, justement, qu’est-ce donc ? Pour Poko, il s’agit d’un protecteur et d’un tueur en même temps : ces héros, comme Zarya et D.Va, sont des héros avec beaucoup de points de vie et de dégâts, mais qui ont également des capacités de défense très utiles pour l’équipe : un bon off-tank se doit de faire l’équilibre entre les deux et de trouver un juste milieu entre attaque et défense. Ce qui a notamment attiré Poko vers ces héros, c’est le fait de pouvoir rester en vie et de faire un massacre.

Car Poko, il aime bien faire du “ratatatatatatatatata”, du “noot noot” et du “pan pan”, et si vous ne le prenez pas au sérieux à cause de cela, détrompez-vous : ce tank est capable de vous éblouir.

Mettez-vous à couvert : sa bombe pourrait vous surprendre.
Soyez sans crainte, car il sera là pour absorber le danger.
Ennemis, prenez garde, le voici chargé à bloc.
C’est son histoire.
#avecle6

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Écrit par @HammerKick_OW avec l’aide de Poko
Assisté et relu par @NannaOW

Source de l’image mise en avant : Blizzard Entertainment. Visuel par KrapoPlay

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